Basel – Bâle

         Me voilà de retour avec un nouveau type d’article afin de partager ma récente visite de Bâle. Bâle est une ville que je tenais particulièrement à visiter. Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, elle se situe en Suisse alémanique, c’est-à-dire dans la partie majoritairement germanophone du pays. Ensuite, de nombreuses personnalités d’importance sont nées, ont vécu ou sont mortes dans cette ville. C’est le cas de Roger Federer qui y est né, mais c’est surtout dans cette ville qu’Érasme a élu résidence pour quelques années cruciales de sa vie marquées par son opposition à Luther, et d’où il publiera la majeure partie de son œuvre. Enfin, à peine quelques années plus tard, c’est à Bâle que Sébastien Castellion a trouvé refuge pour échapper au totalitarisme de Calvin.

       C’est surtout en pensant à Érasme et à Sébastien Castellion que j’ai visité la ville -deux humanistes du XVIème siècle que Bâle a accueillis dans leur lutte contre l’intolérance, le fanatisme et la violence et auxquels Stefan Zweig a si bien rendu hommage dans deux biographies extrêmement brillantes : Érasme, Grandeur et Décadence d’une Idée et Conscience contre Violence. 

       Profitant d’une météo plus que clémente, je suis partie à la découverte de cette ville plusieurs fois historique. Le premier lieu symbolique visité est le Rathaus -l’hôtel de ville- au sein duquel trône une statue du gouverneur romain Lucius Munatius Plancus, fondateur de la ville. C’est un superbe monument, haut en couleurs, où siège le gouvernement du canton.

Le Rathaus, vu de la Marktplatz

Le Rathaus, vu de la Marktplatz

Statue de Lucius Munatius Plancus

Statue de Lucius Munatius Plancus

Rathaus vu de la cour

Rathaus vu de la cour

 

      La ballade s’est poursuivie tout au long de la Eisengasse jusqu’aux abords du Rhin et du Mittlere Brücke, l’occasion d’arpenter l’une des artères commerciales de la ville et d’acheter quelques souvenirs. Au-delà du pont, la berge (Unterer Rheinweg) permet de se poser au soleil dans un petit quartier calme.

Die Mittlere Brücke

Die Mittlere Brücke

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Mittlere Brücke vu du Unterer Rheinweg

Mittlere Brücke vu du Unterer Rheinweg

      De retour de l’autre côté du Rhin, une petite rue passée presque inaperçue (Rheinsprung et Augustinergasse) mène à la Munsterplatz. La place concentre un square où quelques personnes jouaient à la pétanque, un lycée, mais surtout la somptueuse cathédrale de Bâle.

Hans Duttelbach des Turmbläsers Haus am Rheinsprung

Hans Duttelbach des Turmbläsers Haus am Rheinsprung

Le Mittlere Brücke vu du Rheinsprung

Le Mittlere Brücke vu du Rheinsprung

Augustinergasse

Augustinergasse

Munsterplatz

Munsterplatz

Joueurs de pétanque, Munsterplatz

Joueurs de pétanque, Munsterplatz

 

Cathédrale de Bâle

Cathédrale de Bâle

Intérieur de la cathédrale

Intérieur de la cathédrale

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     A l’heure du déjeuner, quel meilleur endroit pour se restaurer et profiter du soleil que l’insolite fontaine Tinguely (Tinguely Brunnen)? Créée en 1977 par l’artiste plasticien suisse, elle met en scène divers mécanismes drainant l’eau de la fontaine de façon ludique.

Tinguely Brunnen

Tinguely Brunnen

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      Après le déjeuner, nous avons fait une ballade dans les petites rues qui mènent sur les hauteurs de la ville. Puis, nous nous sommes posés dans un très beau quartier situé autour du Lycée Leonhard (Leonhard Gymnasium) qui surplombe la Kohlenbergasse, une des rues les plus importantes de la ville.

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Votre humble serviteuse (si si! c'est rare, mais ça se dit!)

Votre humble serviteuse (si si! c’est rare, mais ça se dit!)

      Le temps est ensuite venu de flâner sur la Freie Strasse et ses nombreux magasins, de goûter au chocolat suisse (évidemment!), puis d’acheter une carte postale afin de conclure cette superbe journée.

      L’architecture de la ville est ce qui m’a le plus marquée lors de cette visite. La ville (et ses toits en particulier) sont exactement à l’image de ce que j’imaginais lorsque cette ville est évoquée : les façades, les tours en clochers, l’empreinte du protestantisme avec les multiples temples et églises réformées, l’absence d’icônes… La vieille ville est absolument magnifique. L’architecture traditionnelle côtoie de façon assez harmonieuse l’architecture moderne. La ville est très vivante et animée, des populations de divers âges se croisent. Surtout, le réseau de transport urbain (tram principalement) est très développé. La prépondérance du tram parmi les petites rues en pente fait indéniablement penser à Lisbonne. Le tram est si présent qu’il est érigé en symbole de la ville et surreprésenté sur de nombreux souvenirs.

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Plus de livres #2

      Un nouveau post dans cette série “Plus de livres” dont le principe –je répète car le #1 remonte un petit peu maintenant- est de lister les livres que j’ai lus mais que je n’ai pas eu le temps de chroniquer ou critiquer. Comme j’avais souligné pour le #1, mon rythme d’écriture n’équivaut pas du tout à mon rythme de lecture : de ce fait, j’enchaîne les livres alors que j’enchaîne beaucoup plus moyennement les articles. Cette série permet donc de citer les livres lus qui ne figurent pas sur ce blog.

Dans l’ordre chronologique pour l’année qui vient de s’écouler :

* Malala (with Christina Lamb), I Am Malala : The Girl Who Stood Up for Education and Was Shot by the Taliban. 

*Amin Maalouf, Les Désorientés.

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*Marjane Satrapi, Persépolis.

*Michael Godwin and Dan E. Bur, Economix, la première histoire de l’économie en BD. 

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*Thomas Piketty, Le Capital au XXIème siècle.

*Raphaël Enthoven, Matière Première.

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*Catherine Meurisse, Alexandre Dumas, Causerie sur Delacroix.

*Philippe Geluck, Peut-on Rire de Tout?

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*Pascal Boniface, La France Malade du Conflit Israélo-Palestinien.

*Stefan Zweig, Marie Stuart.

                           Légende d’une Vie.

                           Amok.

                           Lettre d’une Inconnue.

                           La Confusion des Sentiments.

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*Roger J. Azzam, Liban, L’instruction d’un crime.

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*Isabelle Rossignol, Tête Nue.

*Alexandre Astier, Kaamelott, Texte Intégral, Livres I, II, III.

Birthday and Christmas Haul

      Je reviens en coup de vent pendant cette période de fêtes pour partager mes cadeaux d’anniversaire et de Noël. Car oui, cette année j’ai été très gâtée en livres! J’ai eu la chance de recevoir exclusivement des livres que je souhaitais acquérir depuis quelques semaines. Trêve de blabla, les voici en images :

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      Tout d’abord, j’ai reçu deux très beaux livres sur lesquels je lorgnais depuis un petit moment : J’Irai Dormir Chez Vous, Carnet d’Un Voyageur Taquin d’Antoine de Maximy, et Libre Comme Elles d’Audrey Pulvar. Ces deux beaux livres, je les désirais ardemment. Ils figuraient depuis plusieurs mois sur ma Wish List et c’est avec grand bonheur que j’ai découvert mes cadeaux et ai pu les ajouter à ma bibliothèque. J’ai déjà lu quelques chapitres de chacun (quatre portraits de Libre Comme Elles et cinq destinations du carnet de voyage d’Antoine de Maximy) et tous deux sont à la hauteur de mes attentes pour le moment!

  •  Plusieurs livres de Stefan Zweig :

             * Brûlant Secret, Clarissa, et Le Combat avec le Démon

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         Fan absolue de Stefan Zweig depuis plusieurs années, j’avais décidé, cette année, d’accorder une place particulière à Zweig dans ma bibliothèque : je décidai donc de rassembler tous ses livres que j’avais en ma possession et d’entamer une collection digne de ce nom. Ayant déjà parcouru sa bibliographie avec appétence, il ne m’en manquait pas beaucoup. Néanmoins, certaines de ses biographies -partie de sa bibliographie dont je me délecte le plus- sont très difficiles à trouver! De même, il me manquait quelques nouvelles, telles que Clarissa, que je recherchais depuis longtemps, ou Brûlant Secret que j’avais emprunté sans jamais penser à l’acheter pour ma collection personnelle. Le Combat avec le Démon, en particulier, retient mon attention: il s’agit d’un ouvrage très difficile à trouver en librairie lambda qui porte sur trois grandes figures -Kleist, Hölderlin, et Nietzsche- qui fascinent Zweig et l’amène à réfléchir au pouvoir de création de l’esprit humain, sujet qui l’a toujours attiré, lui le grand collectionneur de brouillons des grands auteurs par lesquels il pensait pouvoir sonder les esprits de ses écrivains préférés. Ce sera, sans aucun doute, l’occasion pour moi de découvrir un autre essai de Zweig certes, mais aussi d’en apprendre davantage sur ces grands esprits qui ont marqué leur temps.

          * Pays, Villes, Paysages, Balzac le Roman d’une Vie, Correspondance 1897-1919

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      Ici encore, plusieurs livres qui manquaient cruellement à ma collection. Zweig étant un grand voyageur, et moi une passionnée d’écrits de voyages, je ne pouvais passer à côté de ses récits sur les nombreux endroits où il a pu voyager, compilés dans Pays, Villes, Paysages. J’ai très hâte de lire cet ouvrage dans la mesure où j’ai déjà eu connaissance de certains passages, notamment le malaise face au modernisme des Etats-Unis qui avait intrigué l’auteur. Nul doute que cet ouvrage de Zweig saura ravir ma curiosité de lectrice avide de notes de voyages.

      De la même façon, il me tarde de lire la biographie de Balzac. Comment ne pas résister à l’envie de lire ce qu’écrit mon auteur préféré sur son propre auteur préféré? Surtout que Zweig excelle en tant que portraitiste et psychologue, et que ses biographies sont toujours un moment de lecture intense, mêlant histoire, culture, littérature et écriture romancée parfaitement maîtrisée.

      Enfin, ouvrage qui, je m’en rends compte, fait subtilement écho à mon livre préféré de Zweig -celui qui a bouleversé ma vie de lectrice, Le Monde d’Hier- et qui aurait dû figurer dans ma collection depuis bien longtemps: sa Correspondance entre 1897 et 1919. Moi qui suis admirative de l’auteur autant que bouleversée par le destin de l’homme, je ne comprends pas que cet ouvrage ne soit passé entre mes mains plus tôt. J’ai déjà pu lire certaines lettres, notamment celle de l’été de 1914 auxquelles j’ai de suite sauté, car je sais l’écho qu’a pu avoir le déclenchement de la Première Guerre Mondiale dans l’oeuvre de Zweig, tel qu’il le confesse dans Le Monde d’Hier. Ces lettres sont bouleversantes, comme a pu l’être ma lecture du Monde d’Hier, et font remonter toute la nostalgie et la circonspection de Zweig face à son temps et ses contemporains. Je retrouve ainsi, dans ce livre, tout ce qui m’a bouleversée dans Le Monde d’Hier et qui a fait de ce livre mon livre préféré.

      Deux livres, Trois Maîtres et Trois Poètes de leur Vie, doivent encore venir s’ajouter à ces nouveautés (ils sont encore en commande) et viendront mettre une touche presque finale à ma collection de biographies par Zweig.

      Ma collection des œuvres de Stefan Zweig commence à prendre véritablement forme, en voici un petit aperçu pour les plus curieux :

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Cliquez pour agrandir!

(Je précise qu’il en manque quatre : Les Très Riches Heures de l’Humanité et Marie-Antoinette que j’ai prêtés, et Trois Maîtres et Trois Poètes de leur Vie que je dois encore recevoir!)

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      En écho au succès de mon article sur l’émission J’Irai Dormir Chez Vous versus Rendez-Vous en Terre Inconnueon m’a offert ce livre d’Antoine de Maximy qui retrace les débuts du célèbre globe-trotter. Ce livre me permettra de mieux connaître son parcours, savoir quelles expériences il a vécues, notamment en tant que reporter, avant que ce dernier ne soit connu pour son émission J’Irai Dormir Chez Vous, et de lire ses impressions sur le monde. Encore une fois, ce sera l’occasion de voyager et de lire des récits de voyages dont je suis si friande.

      Enfin, deux petites exceptions : deux livres d’Henri Laborit qui ne m’ont pas été offerts mais que j’ai achetés hier sur le conseil d’une amie : Eloge de la Fuite dans lequel l’auteur réfléchit à la biologie des comportements humains pour mieux appréhender des thèmes philosophiques  tels que la liberté, le travail, voire l’amour. Puis, La Nouvelle Grille, dans lequel Laborit revient sur l’origine de nos sociétés afin de réfléchir à l’émergence de nouvelles structures humaines, davantage basées sur l’intelligence et la création intellectuelle humaine. Ces deux derniers ouvrages sont un peu plus pointus, mais ayant depuis toujours été passionnée par l’Histoire des idées et les structures sociales, j’ai pu feuilleter quelques pages qui attisent ma curiosité et mon envie inextinguible d’en apprendre toujours plus.

      Voilà donc un bon aperçu de mes prochaines lectures qui annonce la teneur de mes prochains articles pour 2015! J’essaierai tout de même de continuer à varier les plaisirs et les horizons culturels en y intégrant toujours des bédés, mais aussi des romans (Francis Scott Fitzgerald notamment), et d’autres découvertes!

      J’en profite pour vous souhaiter une excellente année 2015!

      Je vous retrouve très bientôt!

téléchargement

Marie-Antoinette – Stefan Zweig

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     Etant donné que ce blog est censé être le reflet (d’une partie significative) de ma personnalité, je ne peux cacher plus longtemps que Stefan Zweig est mon auteur préféré devant l’Eternel. Aucun livre ne m’a autant bouleversée que son ultime oeuvre, Le Monde d’Hier. J’ai lu ce chef-d’oeuvre après avoir fini ma première année de Master en Etudes Européennes, et je l’ai littéralement dévoré. Ces “Souvenirs d’un Européen”, rédigés avant que celui-ci ne se donne la mort en pleine Deuxième Guerre Mondiale, m’ont marquée à jamais.

      Depuis, et de part l’étendue des sentiments que ce livre m’a permis de ressentir, je suis la plus grande fan du monde de Zweig (oh oui comme j’y vais! mais oui j’en suis sûre!). Car, outre m’avoir complètement émue, impressionnée et appris beaucoup dans Le Monde d’Hier, j’admire Stefan Zweig pour sa clairvoyance, son sens fin de l’analyse approfondie, sa culture immense, mais surtout, il a le don d’aborder des sujets qui ne manquent pas de me passionner en relation à l’Histoire. De fait, la vie de cet homme a été, du début à sa triste fin, façonnée par l’Histoire, et cela, je le sens dans son écriture. Ici, je me sens dans l’obligation de rappeler qu’il n’a achevé qu’un seul roman (La Pitié Dangereuse), et ceci est lourd de sens: une partie importante de sa bibliographie (celle dont je me délecte le plus) est composée d’essais et de biographies. Ainsi, j’ai eu l’occasion d’enchaîner sur Les Très Riches Heures de l’Humanité qui revient sur plusieurs épisodes marquants qui ont changé le cours de l’Histoire (de la prise de Byzance par les Turcs en 1453 à la composition de la Marseillaise en passant par la bataille de Waterloo). J’ai également lu Conscience contre Violence ou Castellion contre Calvin et Erasme: Grandeur et Décadence d’une Idée, dans lesquels j’ai pu trouver un écho poignant à son époque rongée par une Allemagne nazie et une deuxième guerre fratricide en Europe. Récemment, j’ai aussi eu l’occasion de lire son essai sur le Brésil où il a trouvé son dernier refuge (Brésil, Terre d’Avenir) ainsi que Hommes et Destins dans lequel il dresse un portrait des personnages (art dans lequel il excelle) qui ont marqué leur temps par leur génie et auxquels Zweig souhaite rendre hommage.

     Petit à petit, (mais pas trop vite non plus pour ne pas atteindre le moment fatidique où je n’aurai plus rien à mettre sous mes dents féroces et acérées) j’entame lentement et sûrement sa bibliographie. Mais ces derniers jours, j’étais en manque de Zweig. Je me suis donc précipitée sur un livre majeur de son oeuvre, la très célèbre biographie de Marie-Antoinette.

      Marie-Antoinette est un sujet passionnant à étudier pour Zweig car son sort et sa seule personne scellent la fin d’une époque (l’Ancien Régime) et l’avènement d’un monde nouveau (la République), ce qui est pour le moins symptomatique dans l’oeuvre de Zweig qui est obnubilé par la fin des grandes périodes (ses “Souvenirs d’un Européens” ne sont-ils pas également appelés “l’échec d’une civilisation”?), (et c’est aussi ce que je recherche incessamment dans ses livres afin de retrouver le premier frisson de la première lecture du Monde d’Hier, celui du désespoir, de la nostalgie parfois à m’en tirer les larmes, à parler du monde passé et des grands bouleversements qui ont affecté notre Histoire avec un ton empreint de solennité). De plus, Marie-Antoinette est Autrichienne, tout comme lui. Cette biographie est donc tout à la fois l’occasion de revenir sur un épisode majeur qui a vu naître l’idée de liberté et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, mais aussi de s’attarder sur le sort d’une de ses compatriotes.

     Le livre débute sur la genèse du règne de Marie-Antoinette: sa mère, l’Impératrice Marie-Thérèse de Habsbourg-Lorraine, souhaite mettre fin aux guerres fratricides qui divisent l’Europe depuis des décennies et ses deux plus grandes dynasties: la sienne, les Habsbourg, et les Bourbons. Elle décide donc d’engager un mariage politique entre sa jeune fille et le Dauphin de France, Louis XVI. Les premiers chapitres sont donc naturellement consacrés aux préparatifs et négociations entre les deux maisons régnantes, à l’arrivée de la jeune princesse en France, et au mariage des deux héritiers. Mais déjà, le sort s’acharne sur la jeune royauté: le mariage tarde à être consommé et ce fait est connu de tous, et déjà apparaissent les premières failles d’un règne pourtant promis à un bel avenir. Louis XVI est la risée de la Cour, et très bientôt de son peuple tout entier qui murmure de moins en moins discrètement que le roi est impuissant. La jeune reine Marie-Antoinette est la première victime de ces quolibets. Comme l’on sait que le roi ne peut remplir son rôle, on lui prête, très tôt, de multiples aventures, même saphiques, et on lui prête volontiers un appétit insatiable. De plus, délaissée par son mari, Marie-Antoinette compense l’absence de tendresse et la tournure assez ridicule que prennent les événements en organisant de grandes fêtes et en se perdant dans les avantages de la royauté dont elle abuse effrontément (toilettes, bijoux, bals et autres). Elle développe ainsi un tempérament léger, peu enclin à la réflexion et à l’introspection, et se jette corps et âme dans un train de vie frivole qui ne manque pas d’être remarqué.  Elle n’est pourtant pas stupide, mais sa mère reconnaît volontiers que son oisiveté est maladive et qu’elle n’exploite pas le potentiel intellectuel dont elle est pourtant dotée. De son côté, le roi, que le phimosis paralyse, ne pense lui aussi qu’à ses loisirs organisés principalement autour de la chasse et de la bonne pitance, et développe, peu à peu, une léthargie, une incapacité à prendre son règne en main ainsi qu’un manque cruel d’autorité. Zweig décrit parfaitement ces deux êtres que seule la raison d’Etat rapproche et que l’insouciance et l’irrésolution caractérisent. Par un portrait parfois incisif, il donne le ton du règne singulier de deux êtres moyens dans une époque qui exige de la grandeur.

     Les premières années du règne sont, malheureusement, décisives. L’impuissance du roi a nourri de nombreuses rumeurs assassines et la vie frivole de la reine lui confère une réputation de moins en moins élogieuse. Zweig étaye tous ces faits en citant des chansons populaires qui écornent sérieusement l’image d’un roi et le respect dû à ce dernier. De plus, la jeune reine ne s’adapte pas à la vie trop codée de Versailles, et très vite, elle délaisse cette Cour à qui elle doit pourtant tout, pour un cocon dans le plus pur style rococo, créé sur pièce pour elle, le Trianon, qui absorbe une part énorme du budget royal. Le roi, impassible, ne s’oppose pas à ce caprice tout comme il s’oppose rarement à quoi que ce soit. Heureusement, suite à une opération qui guérit son mal, le roi parvient à remplir son rôle et la reine tombe enceinte. Cette naissance, qui intervient sept longues années après le mariage et après un flot incessant de commentaires portant sérieusement atteinte à l’image royale, met un terme provisoire aux médisances et rétablit, au moins pour un temps, le prestige dû à leur rang. Quatre héritiers naissent de cette union et la reine donne deux dauphins à la France. Des fêtes sont célébrées aux quatre coins du pays. Mais son devoir accompli et la parenthèse des choses sérieuses refermée, Marie-Antoinette retourne à ses plaisirs frivoles et aux fêtes coûteuses du Trianon. Et, chaque cause ayant sa conséquence, les rumeurs repartent de plus belle et c’est bientôt un concert de haines qui fomentent contre la reine.

      Cette haine grandissante, comme l’analyse finement Zweig, vient de plusieurs fronts. C’est tout d’abord la noblesse négligée de Versailles qui s’indigne qu’on ne l’invite pas au Trianon. C’est aussi le frère du roi qui, ayant vu ses espoirs de devenir roi à la place de son frère déçus avec la naissance du premier dauphin, lance quelques attaques. Mais c’est surtout la bourgeoisie, récemment éclairée par Voltaire et Rousseau, qui commence à s’interroger sur ses droits. L’affaire du collier, invraisemblable et très bien contée par Zweig, accroît l’impopularité de la reine bien qu’elle en soit avant tout la première victime: le peuple s’indigne des sommes engagées et la soupçonne maintenant de tous les maux du royaume. Car, en effet, la France ne va pas bien. Le déficit se creuse de jour en jour et l’agitation gagne peu à peu toutes les classes de la société. Et, comme le souligne Zweig, ce “réveil du peuple” va aussi être “le réveil de la reine” qui va soudainement interrompre toutes ses activités mondaines et mesurer la menace qui gronde. Afin de résoudre le problème du déficit du pays, le roi décide de nommer le ministre des finances le plus populaire auprès du peuple: Necker. A partir de ce moment, l’Histoire est en marche. Necker, en solution à la crise que traverse le royaume, propose de réunir les Etats Généraux. Mais ce sont plus que des représentants qui arrivent à Versailles: la plupart des députés qui s’y présentent ont été galvanisés dans leur club en province, et très vite, ils imposent leur présence et prêtent le Serment du Jeu de Paume.  Bientôt, tous les corps de métier sont emportés par un mouvement de revendication qui libère la presse et la parole. Le roi, qui est prévenu par ses conseillers des remous du peuple, pense prendre enfin une décision énergique en renvoyant et en exilant Necker.

      L’annonce du renvoi de Necker, le seul ministre populaire, fait l’effet d’une bombe. Trois jours plus tard, le 14 juillet, le peuple de Paris prend la Bastille et les événements révolutionnaires s’enchaînent à un rythme effréné. Quelques mois plus tard, on vient chercher le roi et la reine aux portes de Versailles pour les ramener de force à Paris, aux Tuileries, où ils seront étroitement surveillés. Cela induira la fuite avortée à Varennes qui radicalise les derniers royalistes et rend plausible le passage à la république, la guerre contre l’Autriche contre-révolutionnaire, la prise des Tuileries, et enfin, l’emprisonnement de la famille royale au Temple jusqu’aux procès et aux exécutions fatales. Zweig met parfaitement en évidence la progression des idées révolutionnaires et la succession d’humiliations que subissent Louis XVI et Marie-Antoinette. A chaque événement, le couple royal est un peu plus bas et le peuple un peu plus sûr de lui et victorieux. L’indécision chronique de Louis XVI, surtout, porte préjudice à la famille royale à plusieurs reprises.

     La vraie force de ce livre -et je pense que c’est pour cette raison que Zweig est considéré comme un grand biographe- est que l’auteur cerne et décrit merveilleusement ses personnages. Il plonge dans leur psychologie et au plus profond des méandres de leur pensée (peut-être doit-on voir là l’influence de son grand ami Freud?). Il s’interroge incessamment sur les raisons de leurs agissements, sur leur cohérence, de sorte que le lecteur perçoit très vite et de façon très claire la substance des protagonistes. Marie-Antoinette, en particulier, est décrite, au début du livre et de sa vie, comme une jeune princesse frivole, légère et peu sérieuse. Très peu de choses l’intéressent en dehors des amusements et elle rechigne à l’effort. Ceci, Zweig l’analyse avec finesse, est étroitement lié à l’oppression qu’exerce sur elle “l’étiquette” et son jeune âge dans un mariage si peu heureux. Cependant, la reine se montre de plus en plus digne et royale au fur et à meure des événements de la Révolution. Lorsque les premières heures graves surgissent, elle s’assagit brusquement et mesure la responsabilité qui est la sienne d’agir en tant que reine. Cette attitude atteint son paroxysme lors de son procès ou lorsque celle-ci est conduite à l’échafaud, et plusieurs révolutionnaires remarqueront même dédaigneusement qu'”elle est restée fière jusqu’au bout”. Zweig prend le temps d’exposer consciencieusement les événements et la façon dont ceux-ci agissent tragiquement sur la reine, modifient complètement sa psychologie et révèlent sa vraie force intérieure. L’auteur revient aussi très longuement sur sa relation secrète avec le Comte Fersen qui lui est entièrement dévoué, prêt à sacrifier sa vie pour elle et la sauver même jusqu’aux instants les plus désespérés de sa vie et qui suit Marie-Antoinette comme un fil rouge tout au long du livre.

     Au-delà des destins particuliers de Marie-Antoinette et de Louis XVI, c’est aussi le portrait d’une époque que brosse Zweig. Là encore, c’est avec beaucoup de justesse et de finesse qu’il analyse les événements historiques de la Révolution qui amèneront la France à changer de régime. Alors que tout le début du livre baigne encore insoucieusement dans l’Ancien Régime et les fastes de Versailles, très vite les décors et les intrigues nous entraînent dans un tout autre monde, celui de l’insurrection, de l’incertitude et des prisons. On assiste à la naissance douloureuse d’une république. Zweig analyse excellemment les rouages d’une Révolution, en particulier (passage qui m’a particulièrement passionnée) lorsqu’il distingue deux phases dans toute Révolution: une première phase modérée, guidée par des idées nobles, puis une seconde au cours de laquelle les personnes n’ayant jamais joui d’un quelconque pouvoir s’en emparent brutalement et s’en servent à des fins de vengeance. Incontestablement, Zweig est brillant dans son analyse de la Terreur et des massacres qui succéderont à un mouvement de révolte pourtant guidé par une belle idée.

     Enfin, un des vrais plaisirs de cette biographie est la documentation incroyable à laquelle Zweig a eu accès pour illustrer ses propos. Je connaissais Zweig comme étant un grand collectionneur (il collectionnait les brouillons des grands auteurs qu’il admirait) mais il est aussi un grand chercheur. Plusieurs passages importants du livre sont des extraits de toute la correspondance consultable à cette époque de Marie-Antoinette qui révèlent toute sa personnalité. Comme l’auteur le remarque justement, le ton et le niveau de langue évoluent au fur et à mesure des événements révolutionnaires, révélant une Marie-Antoinette de plus en plus grave et préoccupée. De même, Zweig fait référence aux mémoires de nombreuses personnes qui ont côtoyé la reine ou dont le témoignage permet de mieux cerner l’époque, ou des journaux raillant la famille royale qui émergeaient à l’époque. De cette façon, jamais il n’est permis de douter des conclusions de Zweig: chaque idée est consciencieusement étayée par un extrait de lettre, de témoignage ou de presse de l’époque. Et quelle richesse de pouvoir lire, par exemple, la dernière lettre de Marie-Antoinette, rédigée quelques heures seulement avant la montée sur l’échafaud, ou la retranscription de l’interrogatoire lors de son procès! Le récit de Zweig se mélange parfaitement avec les extraits des documents précieux en un tout très instructif.

     J’invite plus que chaudement à se pencher sur cette oeuvre très riche et passionnante, mais évidemment, il n’y a pas une once d’objectivité chez moi…

     Enfin, en toute dernière remarque, je pense que j’ai commencé un cycle des biographies de Zweig car j’ai déjà bien entamé celle de Fouché dont une revue viendra peut-être tout bientôt…

Dernier portrait de Marie-Antoinette par A. KucharskiDernier portrait de Marie-Antoinette par A. Kucharski