Basel – Bâle

         Me voilà de retour avec un nouveau type d’article afin de partager ma récente visite de Bâle. Bâle est une ville que je tenais particulièrement à visiter. Il y a plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, elle se situe en Suisse alémanique, c’est-à-dire dans la partie majoritairement germanophone du pays. Ensuite, de nombreuses personnalités d’importance sont nées, ont vécu ou sont mortes dans cette ville. C’est le cas de Roger Federer qui y est né, mais c’est surtout dans cette ville qu’Érasme a élu résidence pour quelques années cruciales de sa vie marquées par son opposition à Luther, et d’où il publiera la majeure partie de son œuvre. Enfin, à peine quelques années plus tard, c’est à Bâle que Sébastien Castellion a trouvé refuge pour échapper au totalitarisme de Calvin.

       C’est surtout en pensant à Érasme et à Sébastien Castellion que j’ai visité la ville -deux humanistes du XVIème siècle que Bâle a accueillis dans leur lutte contre l’intolérance, le fanatisme et la violence et auxquels Stefan Zweig a si bien rendu hommage dans deux biographies extrêmement brillantes : Érasme, Grandeur et Décadence d’une Idée et Conscience contre Violence. 

       Profitant d’une météo plus que clémente, je suis partie à la découverte de cette ville plusieurs fois historique. Le premier lieu symbolique visité est le Rathaus -l’hôtel de ville- au sein duquel trône une statue du gouverneur romain Lucius Munatius Plancus, fondateur de la ville. C’est un superbe monument, haut en couleurs, où siège le gouvernement du canton.

Le Rathaus, vu de la Marktplatz

Le Rathaus, vu de la Marktplatz

Statue de Lucius Munatius Plancus

Statue de Lucius Munatius Plancus

Rathaus vu de la cour

Rathaus vu de la cour

 

      La ballade s’est poursuivie tout au long de la Eisengasse jusqu’aux abords du Rhin et du Mittlere Brücke, l’occasion d’arpenter l’une des artères commerciales de la ville et d’acheter quelques souvenirs. Au-delà du pont, la berge (Unterer Rheinweg) permet de se poser au soleil dans un petit quartier calme.

Die Mittlere Brücke

Die Mittlere Brücke

IMGP0480

Mittlere Brücke vu du Unterer Rheinweg

Mittlere Brücke vu du Unterer Rheinweg

      De retour de l’autre côté du Rhin, une petite rue passée presque inaperçue (Rheinsprung et Augustinergasse) mène à la Munsterplatz. La place concentre un square où quelques personnes jouaient à la pétanque, un lycée, mais surtout la somptueuse cathédrale de Bâle.

Hans Duttelbach des Turmbläsers Haus am Rheinsprung

Hans Duttelbach des Turmbläsers Haus am Rheinsprung

Le Mittlere Brücke vu du Rheinsprung

Le Mittlere Brücke vu du Rheinsprung

Augustinergasse

Augustinergasse

Munsterplatz

Munsterplatz

Joueurs de pétanque, Munsterplatz

Joueurs de pétanque, Munsterplatz

 

Cathédrale de Bâle

Cathédrale de Bâle

Intérieur de la cathédrale

Intérieur de la cathédrale

IMGP0515

 

     A l’heure du déjeuner, quel meilleur endroit pour se restaurer et profiter du soleil que l’insolite fontaine Tinguely (Tinguely Brunnen)? Créée en 1977 par l’artiste plasticien suisse, elle met en scène divers mécanismes drainant l’eau de la fontaine de façon ludique.

Tinguely Brunnen

Tinguely Brunnen

IMGP0551

      Après le déjeuner, nous avons fait une ballade dans les petites rues qui mènent sur les hauteurs de la ville. Puis, nous nous sommes posés dans un très beau quartier situé autour du Lycée Leonhard (Leonhard Gymnasium) qui surplombe la Kohlenbergasse, une des rues les plus importantes de la ville.

IMGP0535 IMGP0541

Votre humble serviteuse (si si! c'est rare, mais ça se dit!)

Votre humble serviteuse (si si! c’est rare, mais ça se dit!)

      Le temps est ensuite venu de flâner sur la Freie Strasse et ses nombreux magasins, de goûter au chocolat suisse (évidemment!), puis d’acheter une carte postale afin de conclure cette superbe journée.

      L’architecture de la ville est ce qui m’a le plus marquée lors de cette visite. La ville (et ses toits en particulier) sont exactement à l’image de ce que j’imaginais lorsque cette ville est évoquée : les façades, les tours en clochers, l’empreinte du protestantisme avec les multiples temples et églises réformées, l’absence d’icônes… La vieille ville est absolument magnifique. L’architecture traditionnelle côtoie de façon assez harmonieuse l’architecture moderne. La ville est très vivante et animée, des populations de divers âges se croisent. Surtout, le réseau de transport urbain (tram principalement) est très développé. La prépondérance du tram parmi les petites rues en pente fait indéniablement penser à Lisbonne. Le tram est si présent qu’il est érigé en symbole de la ville et surreprésenté sur de nombreux souvenirs.

IMGP0534

IMGP0493

Le Périple de Baldassare – Amin Maalouf

375828_2778527

 

      J’avais dit qu’en 2015, je ferai un effort pour poster plus de critiques de romans.

     Voilà donc le premier de cette année. Pour ce faire, j’ai opté pour une valeur sûre : un roman d’Amin Maalouf. Amin Maalouf est dans le top trois de mes auteurs favoris. Ce que j’aime chez lui, c’est sa façon d’aborder et d’être traversé, de par son parcours, par une thématique qui m’intéresse éminemment : les relations Orient-Occident. Et ce roman s’inscrit pleinement dans ce thème : Baldassare Embriaco, un paisible marchand de curiosités gênois installé à Gibelet, entreprend un voyage qui changera sa vie entre Orient et Occident.

      En 1665, Baldassare reçoit, en effet, plusieurs visites troublantes : plusieurs personnes éminentes recherchent un livre, “Le Centième Nom”, qui dévoile le nom inconnu de dieu et sauve le salut celui qui le possède. A la veille de “l’année de la Bête” et de l’Apocalypse (1666), ces visites intriguent Baldassare qui, bien que se refusant à céder aux superstitions qu’il exècre, commence à s’interroger sur le contenu de ce mystérieux livre. Un jour, un vieillard sans le sou de Gibelet vend ses deux seuls livres à Baldassare pour subsister. Le marchand gênois n’en revient pas : il s’agit du Centième Nom! Il s’apprête à lire l’ouvrage et en déceler les secrets lorsqu’un émissaire français, de passage dans sa boutique, voit le livre tant convoité et l’achète, malgré le prix exorbitant proposé par Baldassare. Ce dernier en est désormais sûr : ce livre contient une information secrète, et regrette de suite sa vente. Persuadé par son très pieux neveu de l’erreur qu’il vient de commettre et profondément intrigué par le pouvoir prêté à l’ouvrage , il entreprend donc de partir à la rencontre de cet émissaire pour récupérer le livre sacré. Ce n’est que le début d’un long voyage qui le mènera bien plus loin qu’il ne l’avait prévu et qui changera à tout jamais le cours de sa vie.

      Le roman prend la forme des carnets de voyages tenus par Baldassare au cours de ses pérégrinations. Chaque soir, il y consigne ses aventures et l’avancée de ses recherches qui l’amènent à Constantinople, Smyrne, Chios, Gênes, et même Londres. Il y rencontre diverses philosophies et religions. Cependant, plus le voyage avance, plus le narrateur s’éloigne de ses objectifs et moins il est attaché à récupérer le livre, car il tombe amoureux de leur compagne de voyage, Marta, jeune veuve de Gibelet qui les accompagne jusqu’à Constantinople pour obtenir la preuve de la mort de son mari.

      Au cours de son voyage, Baldassare est constamment tiraillé entre sa raison, son détachement rationnel car profondément cartésien, et sa curiosité et la superstition qui émergent de tant d’étranges coïncidences. De même qu’il est partagé entre son amour grandissant pour Marta et le secret désespoir de ne jamais pouvoir véritablement vivre avec elle. Son voyage, entre joies et peines, entre rencontres heureuses et malheureuses prend la forme d’une quête initiatique qui bouleverse le destin du narrateur. J’ai beaucoup apprécié le choix de la fin, ne versant ni dans la facilité ni dans le romantisme mielleux, qui souligne la complexité et la finalité de la quête de soi.

      Amin Maalouf prouve encore une fois son talent de conteur et de bâtisseur de ponts entre l’Orient et l’Occident. Ce livre nous transporte des villes ingénieusement ressuscitées de l’Empire Ottoman aux confins de l’Europe au XVIIème siècle, avec chacun leur culture, leurs codes, leur mode de fonctionnement. De la corruption ottomane jusqu’aux guerres de religion européennes, ce roman dresse un portrait fascinant des deux rives de la Méditerranée dont Baldassare -et Amin Maalouf à travers lui- en constitue un trait d’union. L’auteur met parfaitement en lumière le cosmopolitisme de certaines cités de l’époque ainsi que la pluralité des langues et des cultures qui peuvent réunir les hommes. Baldassare fait des rencontres en arabe, en latin, en italien, en anglais et chaque rencontre humaine, culturelle et linguistique lui ouvre une fenêtre sur un autre monde dans lequel il se précipite à chaque fois. C’est là toute la richesse que l’on retrouve chez Amin Maalouf. En mettant sans cesse en contact les civilisations, il dresse des ponts et provoque les rencontres entre les deux rives de la “mer du milieu”.

      C’est un régal de pouvoir suivre le protagoniste à travers les pays et les ports, et de découvrir de nouveaux horizons à une époque pourtant reculée et lointaine. Le récit tient le lecteur en haleine entre l’amour, la guerre, l’amitié, la peur, et la tromperie. Autant de thèmes qui pointent l’universel dans un monde divisé en civilisations que Baldassare s’amuse à chevaucher. L’auteur, lui, parle toujours aussi aisément d’une civilisation comme de l’autre.

      Pour habiller ce récit, un français raffiné qui énonce des vérités générales donne envie au lecteur de collecter certaines phrases particulièrement bien senties, comme pour souligner l’universalité dans la langue. Amin Maalouf, via son personnage, parle magnifiquement de ces thèmes qui relient les hommes quelle que soit leur civilisation. Son style est élégant et le lecteur plonge avec engouement dans les confessions de Baldassare.

     A posteriori, je remarque que les mésaventures de Baldassare à Londres trouvent un écho intriguant dans les récents événements ayant eu lieu en France. Entre hystérie collective et fuite individuelle, ce passage jette la lumière sur les dangers des amalgames qui résonnent de façon assez surprenante avec l’actualité.

     En 2012, le roman a été adapté en BD par Joël Alessandra :

9782203040618

Les Journalistes et l’Europe – Sous la direction de Gilles Rouet

Sans titre     

     Voilà un ouvrage qui traite de deux de mes sujets phare: le journalisme et l’Union Européenne. Il s’agit d’un ouvrage qui aborde la relation étroite entre médias et citoyenneté, entre journalisme et construction européenne. Rédigé par un collectif d’auteurs issus de divers horizons, ce livre tente de comprendre la quête de légitimité de l’UE auprès de ses citoyens en soulignant notamment le rôle des médias et du journalisme en tant que “trait d’union” entre eux car vecteurs d’informations et d’identité européenne de par l’espace public auquel ceux-ci participent. Tout au long du livre, les auteurs se penchent sur cette question en analysant la situation française et slovaque.

     Dans la première partie, il est question de retracer l’histoire du journalisme en Europe en se penchant sur ses débuts. Le premier chapitre se donne ainsi pour mission d’expliquer l’apparition des premiers titres de presse en Slovaquie et en France, mais aussi en évoquant la naissance de la presse en Autriche-Hongrie, en Allemagne ou en Italie. Mais cette partie souligne également l’importance des caricatures politiques comme proto-journalisme. Il s’agit d’analyser comment les “journalistes du crayon” ont, dès le XIXème siècle, façonné le paysage médiatique à travers l’Europe. Le troisième chapitre est, par ailleurs, consacré à l’importance de la caricature au XIXème siècle à travers les caricatures de Napoléon, qui étaient très prisées en Angleterre ou en Allemagne. Le dernier chapitre de cette partie tente de comprendre le pouvoir et l’ontologie de la caricature en distinguant “signifiant” et “signifié” tel que mis en évidence par Ferdinand de Saussure, mais aussi en se penchant sur son potentiel métaphorique, métonymique voire synecdochique. Evidemment, nul n’est besoin de rappeler que cette forme de journalisme fut la plus primitive précisément car elle pouvait être comprise et décryptée par la majorité de la population alors analphabète. Néanmoins, cela n’empêchait pas des titres de presse écrite de se développer au cours du même siècle, comme ce fut le cas du Journal Encyclopédique de Pierre Rousseau à travers toute l’Europe francophone. Le sixième chapitre nous propulse dans le XXème siècle avec un portrait de Sartre qui permet d’illustrer le journalisme intellectuel. Le dernier chapitre s’interroge sur le journalisme européen (qui existe car les peuples d’Europe sont liés les uns aux autres et communiquent les uns avec les autres par voie de presse depuis plusieurs siècles déjà), mais aussi sur son rôle dans  la construction européenne à l’oeuvre aujourd’hui. Ainsi, très tôt, les journalistes de pays différents se sont réunis au sein de diverses structures afin d’internationaliser leur action: l’Union Internationale des Associations de Presse  ou la Fédération Internationale des Journalistes. 

     La deuxième partie se concentre sur le rôle des journalistes dans le processus de construction européenne. Parce qu’ils créent l’espace public nécessaire à toute démocratie, les journalistes ont un rôle critique dans l’élaboration de structures politiques. Cela n’est néanmoins pas si simple lorsqu’il s’agit de l’UE dont les prémisses sont surtout utilitaristes et fonctionnalistes. De ce fait, l’UE a toujours enregistré un certain déficit démocratique qui tire son origine dans les “solidarités de fait” de sa création, mais aussi aux nombreuses langues nationales qui divisent l’espace européen et empêche l’émergence d’un espace public unifié tel que mis en évidence par Jürgen Habermas. Ainsi, cette partie explique que cela est d’abord dû au manque d’enthousiasme des journalistes nationaux pour les affaires européennes. Peu d’entre eux étaient en effet volontaires pour quitter leurs rédactions nationales pour Bruxelles, où, d’ailleurs, les affaires européennes étaient considérées comme trop techniques et austères. Par conséquent, peu de journalistes se déplacaient dans la capitale européenne et peu de journaux traitaient des questions communautaires, ne sensibilisant donc pas le public européen à ses institutions. Cette partie rappelle cependant certaines initiatives lancées pour pallier ce problème. C’est l’exemple du magazine français L’Européen en 1998 ou de la chaîne Euronews créée en 1993. On essaie aussi d’inviter l’idée d’Europe dans les foyers européens avec la création du concours de l’Eurovision qui s’appuie sur l’essor de la télévision en 1958. Selon certains auteurs du livre, le journalisme européen reste à être inventé. Aucun organe de presse transversal ne permet d’aborder exclusivement les questions européennes, qui restent donc confinées à la sphère nationale, freinant l’émergence d’une Europe politique. Evidemment, cette partie est l’occasion de rappeler le lien très étroit entre médias et nation. De par la langue comme précédemment souligné, les médias se sont aussi toujours développés en étroite relation avec le pouvoir, le gouvernement national, mais surtout la nation. La liberté d’expression est un droit fondamental de la nation qui s’exerce contre le pouvoir en place dans cette même nation. C’est, par ailleurs, l’argument principal des souverainistes qui rappellent que la démocratie est née dans l’Etat-nation, et qu’elle est donc impossible à réaliser à l’échelle supranationale comme l’UE. D’où la nécessité de créer un espace public européen dans lequel les journalistes européens ont une place de premier choix. Avec l’Acte Unique de 1986, le marché unique et Schengen, davantage de journalistes se sont rendus à Bruxelles et avec la multiplication des directives européennes ayant des implications nationales et locales est arrivée la nécessité de la médiation par les journalistes. Davantage de titres nationaux et même locaux ont alors repris les questions européennes dans leurs pages. Néanmoins, certains remarquent que le processus aurait dû être inversé afin de garantir pleinement les droits des citoyens, de même que cette évolution n’a pas réduit le niveau de technicité des affaires européennes traitées à Bruxelles. 

     La troisième et dernière partie de l’ouvrage fait état de l’importance d’Internet dans l’émergence d’un journalisme véritablement européen. En effet, Internet a bousculé la sphère médiatique et a refondé l’espace public, devenu propice au développement d’une presse européenne. Aujourd’hui, de nombreux sites se consacrent au décryptage de l’actualité européenne. Cependant, l’essor d’Internet pose également de nombreuses questions pratiques et éthiques pour le journalisme moderne. Ce saut technologique a provoqué une restructuration des médias qui font aujourd’hui face à de nouveaux enjeux. D’où l’importance de respecter des normes et des principes déontologiques forts et fondateurs de la profession, notamment pour un journalisme de qualité en faveur de la diversité et du pluralisme. Certains sites d’information européenne sont le support d’initiatives originales telles que cafebabel.com. Enfin, la partie se clôt sur une réflexion sur le journalisme européen: est-ce une utopie ou une nécessité démocratique au sein de l’UE?, rappelant combien il est important de rapprocher les citoyens de l’Union et de lutter contre le déficit démocratique qui transforme ses institutions en Golem incompréhensible pour le plus grand nombre, avec la conclusion que, en effet, les journalistes ont un rôle plus grand que jamais à jouer dans l’articulation des deux sphères européenne et nationale.