Plus de livres #1

     Au vu du rythme parfois effréné de mes lectures (qui ne correspond que très moyennement à mon rythme d’écriture), je pense qu’il est judicieux de consacrer un article aux livres que j’ai lus dernièrement mais que je ne chroniquerai pas.

     Les raisons pour lesquelles je ne reviens pas en détails sur certains livres sont diverses. Comme précisé ci-dessus, je lis beaucoup plus vite que je ne rédige. D’autant plus que certains livres me donnent tellement à penser (tel que celui d’Amin Maalouf) que je rédige avec tellement d’idées fusant dans ma tête, je crains que la rédaction en soit sporadique : il me faut donc du temps pour poser mes idées et ne pas avoir peur d’oublier de creuser une piste de réflexion que je trouve intéressante. D’autres livres ne sont pas chroniqués car il s’agit de romans, par exemple, que j’ai trouvé agréables à lire mais qui ne m’ont pas paru transcendants.

     Voici donc les derniers livres que j’ai lus mais pour lesquels je ne rédigerai pas d’article:

* David Foenkinos, La Délicatesse.

* Caroline Fourest, La Dernière Utopie.

* Jean-Michel Guenassia, Le Club des Incorrigibles Optimistes (Prix Goncourt des lycéens, novembre 2009).

* Catherine Cusset, Le Problème avec Jane.

* Francis Guthleben, Scandales à France Télévisions.

* Stefan Zweig, Vingt-Quatre Heures dans la Vie d’une Femme.

Sylvain Parasie, Et Maintenant, Une Page de Pub. Une Histoire Morale de la Publicité à la Télévision Française (1968-2008).

* Mona Ozouf, Composition FrançaiseRetour sur une Enfance Bretonne.

     Certains livres méritent réellement un article car ils m’apprennent beaucoup, et/ou suscitent des débats qu’il est intéressant de soulever. C’est le cas de l’essai de Caroline Fourest qui s’interroge sur la propension du modèle républicain français à gérer les valeurs universelles (qu’il a créées) en matière d’intégration de l’immigration. Caroline Fourest est une journaliste, essayiste et professeur d’université parfois décriée (il n’est pas rare que ses détracteurs la nomme de “facho”). Dans cet essai, je trouve personnellement qu’elle défend avec pertinence la cohérence de ses idées de façon intellectuelle et argumentée. Ce livre m’a permis de mettre la lumière sur une personnalité que je trouve jugée souvent à tort dans la mesure où elle défend un modèle républicain issu directement de l’Histoire de France, un pur produit de la Révolution française qui encourage chaque individu à se réaliser en tant que citoyen abstrait en réfrénant ses appartenances dans la sphère du privé. L’objectif de son ouvrage est de démontrer que le modèle français d’intégration est meilleur que l’autre modèle d’intégration souvent cité, à savoir le modèle anglais, voire américain. Il est important de préciser ici que dans ce livre, elle ne parle pas de ses positions par rapport au conflit israélo-palestinien (car certains, comme Pascal Boniface, la considèrent  pro-Israël et donc hostile aux musulmans notamment par son combat contre le voile – qui, selon moi par ailleurs, tiennent plus à ses convictions de féministe engagée) mais met au clair la logique du modèle français d’intégration que je partage entièrement.

     Le livre de Mona Ozouf mériterait aussi amplement  une chronique car il s’agit également d’un essai  brillant sur le modèle républicain français (dans la mesure où il faisait partie de ma période de lectures sur l’idée de la nation en France), mais partant de l’intérieur de la France, c’est-à-dire le problème de l’éternel centralisme français et la question du rapport entre l’Etat et les régions. Mona Ozouf retrace avec brio l’origine du schéma politique français actuel et démontre comment celui-ci puise toutes ses références dans les idées nées pendant la Révolution, et notamment la victoire des Jacobins contre les Girondins qui a décidé du sort de la France contemporaine. Elle étudie ceci à travers le prisme plus qu’intéressant de l’éducation et l’école. Comment l’école -via l’oeuvre de Jules Ferry qui n’avait que trop compris l’histoire de la France- organe national par excellence, a géré les identités locales pour hisser les petits français de la Troisième République enfoncés dans leur terroir en citoyens modernes qui abandonnent leur attachement à leur localité, leur région, pour s’assumer pleinement français. Ce livre est d’autant plus passionnant que c’est l’histoire de la vie de l’auteure qui, née en Bretagne profonde d’un père indépendantiste et une mère institutrice, a trouvé sa vocation dans l’école et les études, se détachant progressivement de la Bretagne pour s’accomplir en tant que citoyenne française. C’est toute la tension entre région et Etat, identité locale et nationale, particularisme et républicanisme, et l’avènement des “hussards noirs de la République” qui sont relatés dans cet essai et expliquent pourquoi le national a pris le pas sur le régional et dans quelle mesure la France a toujours eu du mal à gérer les régionalismes et son centralisme qui font pourtant partie intégrante de son histoire (qui remonte aux rois de la monarchie absolue!). Cet essai interroge le fait que la France a toujours ressenti la pluralité comme une menace –ndlr : ceci s’explique par la fin de la société d’Ancien Régime divisée en Ordres qui a fait émerger une nation que les Républicains voulaient indivisible pour empêcher le retour des privilèges, comme l’a mis en évidence l’Abbé Sièyes.

     C’est là toute la puissance du livre qui met bien l’accent sur le fait que, malgré l’entrée dans le XXème siècle (soient un peu plus de cent ans après la Révolution!), la France a encore du mal à se dépêtrer des querelles entre ses  institutions que sont l’école, l’Eglise et le foyer. De plus, à l’heure où Mona Ozouf fait son entrée à l’école, la séparation entre l’Eglise et l’Etat est fraîche et le combat entre Républicains et monarchistes au sein de la Troisième République est encore fort (ce qui m’a rappelé, par ailleurs, la lecture du livre d’André Siegfried, Tableau Politique de la France de l’Ouest sous la Troisième République).

     A titre personnel, j’ai transposé le génie que Mona Ozouf a reconnu en Jules Ferry sur Charles De Gaulle qui, selon moi, avait lui aussi une idée précise de la France et ne l’avait que trop comprise quand lui est apparue la nécessité de la Cinquième République et d’un président fort qui soit compris comme un monarque élu. Ceci me fait aussi, par ailleurs, réfléchir au livre que François Mitterrand avait publié pour condamner ce virage historique de la Cinquième République intitulé Le Coup d’Etat Permanent. Par conséquent, le livre de Mona Ozouf me fait beaucoup réfléchir sur l’Histoire de France et me pousse à me tourner vers de nouvelles lectures en vue telles que les mémoires de Charles De Gaulle ainsi que ledit livre de François Mitterrand.

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