Les Médiacrates – Jean Nouailhac

Il est temps de reprendre les bonnes habitudes et de commenter le livre de Jean Nouailhac.

      Les Médiacrates constitue un peu la profession de foi de Jean Nouailhac qui souhaite, par cet ouvrage, revenir aux principes fondamentaux du journalisme. Sur un ton volontairement incisif et sans compromis, celui-ci déplore une presse française bien trop peu indépendante et, selon lui, à la déontologie douteuse. Son livre résonne comme un cri de rébellion dans un milieu, selon lui, trop servile.

     Pour introduire son propos, l’auteur expose sa vision de la déontologie journalistique qui n’est autre que celle de Camus et son célèbre manifeste… Il condamne le déclin de la presse écrite en France (mais également partout ailleurs) au profit de nouvelles formes de journalisme de qualité bien souvent inférieure d’après lui, mais tente de l’expliquer par une baisse de l’intérêt des citoyens pour celle-ci. Ce désintérêt s’expliquerait, quant à lui, par le fait que la presse ne remplit plus son rôle d’enquête et de quatrième pouvoir. Les citoyens, non surpris par les nouvelles que cette presse transite, ne verraient plus de raisons d’acheter chaque matin le quotidien national, voire même régional dans la mesure où cette crise affecte tous les niveaux de publication. 

     Evidemment, Jean Nouailhac fait le diagnostic de cette situation et identifie plusieurs causes majeures. En premier lieu, et en toute logique, la presse d’édition est en net recul depuis que la télévision  campe dans tous les salons français. Pourquoi donc acheter la gazette du matin quand le JT de 20 heures (si ce n’est pas d’abord celui de 13 heures) délivrera l’information et ce, à un très grand nombre de citoyens? Oui, pour Jean Nouailhac, il ne fait aucun doute que le français est paresseux (et aussi peut-être un peu pingre) et préfère sans conteste se reposer sur la sacro-sainte télévision. Or, la télévision, par les audiences gigantesques qu’elle brasse, va au plus simple et au plus éloquent, et ne transmet que partiellement l’information (dans les cas où selon Nouailhac elle ne pratique pas carrément la désinformation). Là où certains journaux peuvent éditer des dossiers, la télévision (en particulier le Journal Télévisé) aborde, évoque mais n’approfondit jamais. D’où une baisse drastique du niveau de traitement de l’information, qui, bien loin de faire une analyse, résulte plutôt en un résumé factuel. 

      Cet état de fait est préoccupant en soi, mais il est loin d’être surprenant. L’auteur rebondit donc très vite sur ce qu’il considère être un manque de respect pour la presse écrite. Cette dernière est malmenée, notamment par l’intimidation judiciaire dont elle est constamment victime. Et c’est là que Jean Nouailhac marque, selon moi, son premier point dans ce livre. Nombreux sont les titres qui font l’objet de poursuites judiciaires dès qu’une information compromettante pour une personnalité au pouvoir en place est publiée. Cela relève, selon l’auteur, d’un quasi harcèlement judiciaire qui n’a, par définition, pas lieu d’être dans une démocratie. Il cite plusieurs exemples qui montrent la marge de manoeuvre très étroite dont dispose une rédaction qui souhaiterait se préserver de ce genre de désagrément. De plus, les sommes engagées dans de telles procédures, non seulement pour la tenue du procès mais également parfois pour les dédommagements imposés à la presse, incitent à la prudence, ce qui, dans la bouche de Jean Nouailhac, signifie autocensure. Il cite en exemple la plainte déposée par Dominique de Villepin à l’encontre de trois journalistes (Denis Robert, Jean-Marie Pontaut et Gilles Gaetner) ayant publié des livres sur l’affaire Clearstream, ainsi que la plainte déposée par Ségolène Royal et François Hollande contre les journalistes Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin pour leur livre La Femme Fatale. Ici, Jean Nouailhac se pose la bonne question: “jusqu’où le droit doit-il protéger la vie privée des hommes et des femmes publics?”.

       Plus inquiétant encore, la presse en France est dominée par de grands groupes industriels qui représentent tout simplement une hérésie pour le principe même de presse et de liberté de la presse. Lagardère, Dassault, Bolloré, Pinault, Arnault sont autant de propriétaires d’industrie détenteurs d’un média dans leur panoplie d’activités. (ndlr: Lagardère et Dassault contrôlent, à eux deux, pas moins de 130 médias français). Ce type de conflits d’intérêts est intolérable pour Nouailhac, même si, comme décrit ci-après, il porte un avis pour le moins paradoxal sur la question de la propriété de la presse. 

Ce type d’affiliation malsaine et absolument contre-nature s’est brillamment illustrée lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy. On ne compte, en effet, plus les oeillades de Jean-Pierre Elkabbach faites à Arnaud Lagardère…

      Jean Nouailhac en profite pour réaffirmer les trois grands principes déontologiques du journalisme: indépendance (largement compromise par les groupes industriels donc), objectivité et honnêteté. Selon lui, ce dernier est important au vu d’un phénomène d’euphémisation dans les médias. Certains mots demeurent tabous et/ou mal définis, ce qui gangrène le débat. Qu’est-ce qu’un terroriste? Qu’est-ce qu’une minorité visible? L’auteur prône donc le retour à une certaine rigueur vocabularistique. L’emploi des mots justes notamment fait défaut, et l’auteur de souligner, à juste titre, la confusion quasi généralisée entre blocus et embargo, par exemple. Je partage l’avis de l’auteur sur ce point: il faut à tout  prix, en tant que journaliste, éviter de se laisser bercer par une certaine bien pensance qui peut fausser tout le raisonnement et le bien fondé d’un article ou d’un dossier de presse. Cependant, ce point soulevé est délicat car il oppose deux “écoles”, deux façons de penser le journalisme. D’un côté, comme le défend l’auteur, le journaliste se doit de retranscrire l’actualité, d’être le témoin de l’Histoire en train de se développer,et rapporter les faits sans jugement. D’un autre côté, (et c’est là que mon avis diverge ou complète celui de Nouailhac), le journaliste peut également s’affranchir de la neutralité et user de sa plume pour condamner la réalité qu’il transcrit, sans forcément être partisan mais garder un oeil critique. Où se situe le véritable journalisme? Je pense, à titre personnel, que les deux sont valables dans la mesure où ces deux visions sont complémentaires. La première, celle de la stricte retranscription de la réalité factuelle, correspond simplement à une vision anglo-saxonne du rôle de la presse. La seconde,  en revanche, tire clairement son origine dans la presse française depuis toujours engagée et marquée par des grandes figures telles que Zola, mais encore Camus ou  Sartre (D’où, également, une tendance à inclure les journalistes dans la frange des intellectuels en France). 

       Jean Nouailhac semble donc pencher pour l’approche anglo-saxonne mais pourtant ne s’y cantonne pas. Ainsi, il condamne ouvertement les partisans et les artisans de l’information-divertissement. Il fustige toute une génération de “journalistes-animateurs” allant de Pierre Lescure à Thierry Ardisson en passant par Michel Denisot. Il souligne là un aspect important des médias actuels qui met en danger l’avenir du traitement de l’information. Ainsi, il leur reproche de traiter des sujets politiques au milieu de séquences de divertissement dans un mélange des genres qui brouille totalement les frontières. Or, rappelle-t-il, il est primordial que les auditeurs/téléspectateurs sachent faire la distinction entre ce qui relève de la réalité, de la contemporanéité de l’information, et ce qui relève du spectacle. Selon Nouailhac, les citoyens sont déjà mal informés sur le fond, alors si même la forme disparaît… Cette tendance peut, a posteriori, avoir des effets très néfastes sur le journalisme, en considérant notamment l’information comme de la communication, ce qu’elle n’est évidemment pas. Je suis bien d’accord avec l’auteur sur ce sujet. Quelle personnalité politique ne craint pas le traitement qui lui sera réservé au Grand Journal car elle sait que son image peut sérieusement être atteinte? Tout devient question de com’ et non de journalisme ou d’information. Comment analyser -ou recevoir en tant que citoyen- de façon intelligente, objective ou pertinente les réflexions servies à froid par Jean-Michel Apathie sur le plateau? Réflexions toutes personnelles qui constituent le seul point info de toute l’émission. Comment accepter l’appellation de “Journal” lorsque l’invité politique est interviewé entre deux ou trois actrices ou acteurs en pleine promo dont le temps de parole est largement supérieur car plus “glamour” et plus vendeur? 

Ce que défend honorablement Jean Nouailhac est le fait qu’un journaliste n’est pas un animateur. Et l’association des deux est un oxymore total. Le journaliste délivre l’information, la produit même lorsqu’il est en reportage dans les zones de conflits ou de tension, et enquête sur les secrets souvent bien gardés des démocraties. Le CSA a récemment validé cette conception du journalisme audiovisuel en rappelant à l’ordre le Grand Journal pour son dangereux mélange des genres: “le Conseil est conscient que Le Grand Journal est une émission de divertissement, il considère qu’elle comporte des séquences à caractère informatif au cours desquelles tout risque de confusion entre information et divertissement devrait être évité, conformément aux termes de l’article 18 de la convention de la chaîne“. De même, le journaliste ne doit pas tomber dans le piège de la com’ et ne doit absolument pas se faire le relai des messages des personnalités politiques en vertu des principes d’objectivité et d’indépendance. Comme l’avaient montré les journalistes Nicolas Domenach et Maurice Szafran (voir mon article sur Off), les personnalités politiques rusent pour faire filtrer certaines informations dûment choisies aux journalistes afin que ceux-ci les rendent publiques dans leurs papiers. Il est important de ne pas devenir l’instrument de com’ de la sphère politique. A ce titre, Jean Nouailhac condamne purement et simplement le off. 

       La deuxième ligne d’attaque adoptée par Jean Nouailhac est celle du contrôle par l’Etat qui frôle, à mon sens, la paranoïa chez l’auteur. Mais il a ses raisons, soit. Nouailhac condamne le trop grand pouvoir (et l’existence même) du CSA. Celui-ci n’est d’après lui que l’une des nombreuses tentacules de la machine Etat qui tente incessamment de soumettre la presse audiovisuelle. L’auteur n’a pas tort: trois de ses neuf membres sont nommés directement par le Président de la République et tous sont désignés sous décret présidentiel. Trois membres sont nommés par l’Assemblée Nationale et trois autres membres par le Sénat. Certes, le président n’est plus seul à nommer qui siègera au CSA. Néanmoins, l’intégralité des neuf postes sont pourvus sous nomination du pouvoir en place. Par des instances politiques qui sont composées de majorités. Il est donc légitime de suivre Nouailhac sur ce point.

Mais l’auteur ne s’arrête pas là: le CSA impose des temps de parole aux médias télévisuels pour les candidats pendant les périodes électorales. Il s’insurge: imaginez que l’on procède ainsi dans la presse écrite: un certain nombre de mots, de lignes pour chaque candidat! Ce n’est pas réaliste! Certes, décrit comme tel, cela semble irréalisable. Mais la presse écrite n’est plus, et ce depuis longtemps -et comme pertinemment rappelé au début du livre, le média d’information de référence. La télévision a littéralement bousculé les habitudes de consommation de l’information et est devenu LE média privilégié des campagnes (les récentes élections présidentielles l’ont encore montré). S’il n’est pas pertinent d’aligner la presse écrite sur un quota de lignes ou de mots, il est possible, techniquement parlant, de faire respecter l’égalité de temps de parole sans contraintes insupportables. Et, en effet, les règles sont simples: une chaîne qui reçoit un candidat doit s’engager à les recevoir tous, et à assurer un même temps de parole alloué à chacun par un chronomètre visible à l’écran. Pas si contraignant. Evidemment, Nouailhac s’insurge davantage sur le principe de limitation du temps de parole que sur la faisabilité de la chose. Là encore, je ne suis pas d’accord. Il existe déjà mille façons de contourner ces règles (comme l’a démontré la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy et sa stratégie d’occuper l’espace médiatique en annonçant une réforme par jour sans déclaration propre de sa part, mais rien qu’en laissant les journalistes commenter les annonces de l’UMP), à quoi ressemblerait l’espace médiatique -l’espace public- si ces règles fondamentales n’existaient pas? Certaines chaînes (même privées -et surtout privées!) seraient littéralement prises d’assaut par certains candidats! Que fait-on du pluralisme? Que faire si certains candidats ne peuvent avoir accès à aucune chaîne, aucune tribune? Cela reviendrait ni plus ni moins à faire fi du principe de publicité développé par Jürgen Habermas si cher et central aux démocraties. Si l’on réfléchit bien, même avec l’instauration du temps de parole, certains partis et candidats sont relégués au second plan. Il n’est même pas besoin d’abolir le CSA pour rencontrer des anomalies. Ainsi, on a pu voir que de grandes chaînes (d’information pourtant!) telles que BFM, I-Télé  retransmettaient les meetings des petits candidats en plein milieu de la nuit. Alors que les meetings de M. Hollande, M. Sarkozy, et même de Mme Le Pen figuraient en bonne place, en direct en plein après-midi. Déjà là il existe une sélection, un choix éditorial pénalisant certains partis et favorisant, d’emblée, les deux grands partis nourrissant un bipartisme typiquement français, ou une triangulaire hésitant entre François Bayrou ou Marine Le Pen. Et pourtant ces chaînes ne sont pas hors-la-loi! Elles diffusent les meetings conformément à l’obligation qui leur incombe. Mais, il existe mille façon de s’arranger avec la réalité, quand bien même ces règles existent! Les supprimer, comme l’entend Nouailhac, serait revenir à l’anarchie, ou, au contraire, à davantage de contrôle digne de l’époque de l’ORTF, à laquelle, je suis sûre, Jean Nouailhac ne souhaite pas revenir.

Et pour cause! L’auteur est tellement absorbé par la question du contrôle des médias par l’Etat qu’il condamne France Télévision (et le service public en général) pour la simple et bonne raison que service public signifie financement par l’Etat et donc absence d’indépendance. Là encore le raisonnement de Nouailhac n’est pas bancal: il est vrai qu’il faut, en tant que citoyen responsable, se méfier des médias dits “subventionnés”. Le fantôme de l’ORTF rôde plus que jamais, encore et toujours! Il est vrai également que le Président de France Télévision est nommé directement par le Président de la République (réforme sarkoziste qui a, par ailleurs, valu à la France un avertissement de la part de la Commission Européenne et du Conseil de l’Europe encore récemment). Néanmoins, force est de constater que l’argument selon lequel toute chaîne publique et financée par l’Etat est foncièrement de mauvaise qualité ou prosélyte est recevable mais ne tient pas. En France, la télévision du service public est bien plus indépendante éditorialement que la chaîne privée TF1, totalement soumise aux magnats de l’UMP, unis dans un intérêt et une idéologie communs. TF1 est bien plus éditorialement proche du pouvoir en place ces dernières années que ne l’a jamais été France 2 ou France 3. Bien que la nomination de Rémi Pflimlin à la tête de France Télévision ait été vivement critiquée, celui-ci n’a jamais été aussi proche du pouvoir qu’Etienne Mougeotte et autre Nonce Paolini (ancien directeur général adjoint de Bouygues, groupe industriel de téléphonie mobile appartenant à Martin Bouygues, parrain de Louis Sarkozy, fils cadet de Nicolas Sarkozy, CQFD). Tout cela pour dire que partir du principe qu’une chaîne privée est, a fortiori, indépendante du pouvoir en place et de l’Etat est un pur leurre et qu’il est même surprenant que M. Nouailhac se soit laissé convaincre par telle chimère. 

      De la même façon, en France, les chaînes publiques sont de bien meilleure qualité que les chaînes privées où la course au sensationnalisme et au voyeurisme de bas-étage prédomine pour rassembler les audiences. Au contraire, le service audiovisuel public français s’est toujours tenu à l’écart des émissions de télé-réalité alors que les deux plus grandes chaînes privées (TF1 et M6) y ont plongé la tête la première. Or, dans son ouvrage, Nouailhac fait l’apologie du journal de 13 heures de Jean-Pierre Pernault, un journal qui, selon lui, est indépendant des pressions du pouvoir et répond aux attentes des citoyens en matière d’information locale et leur permet de se reconnaître et de se sentir impliqués. Je veux bien admettre qu’un journal qui ne subit pas les éventuelles pressions des autorités soit louable pour son indépendance, mais si indépendance signifie inconsistance, je me désolidarise complétement. Or, c’est exactement ce qu’est le journal de 13 heures de Jean-Pierre Pernault : inconsistant. Et je déplore que ce soit à ce prix que Jean Nouailhac reconnaisse l’indépendance des médias. Est-il aussi besoin de préciser à Jean Nouailhac que les configurations nationales sont très importantes pour montrer que secteur privé n’est pas égal à indépendance éditoriale et journalistique? En Italie, le groupe de média privé le plus important est MediaSet et son propriétaire n’est autre que… Silvio Berlusconi, président du Conseil italien jusqu’en novembre 2011. MediaSet est un groupe de média privé or est-il indépendant? Je ne pense pas, non. Si là n’est pas la preuve des relations incestueuses entre sphère politique et médias privés… De même, au Royaume-Uni, l’empire médiatique privé de Rupert Murdoch a fait subir d’énormes pressions au pouvoir politique en place. C’est ce qu’a révélé le scandale des écoutes téléphoniques aujourd’hui soumis à la Leveson Inquiry. Tout ceci donc pour montrer que l’argument selon lequel média privé signifie média indépendant est étroit, si ce n’est complétement erroné. 

      Pour montrer à quel point le secteur médiatique est gangréné en France, Nouailhac dresse le portrait de tous les médias en commençant par l’audiovisuel, la radio puis la presse écrite. Rares sont les titres qui trouvent grâce à ses yeux (M6, RTL, Marianne, Le Point). 

       Certains points soulevés par J. Nouailhac recoivent mon inconditionnel soutien alors que d’autres soulèvent mon indignation. Je partage son combat pour une presse plus indépendante. J’acquiesce lorsqu’il écrit que les médias contemporains français sont (encore) trop subordonnés aux influences des pouvoirs politiques et économiques. J’admire son combat pour le retour à une presse écrite forte. Et évidemment, en tant que journaliste, on ne peut que saluer son attachement aux principes fondateurs de la profession. 

       En revanche, bien que je soutienne l’idée qu’il faille garder un esprit critique alerte vis-à-vis de certains médias et toujours s’informer de leurs sources (notamment financières), je ne partage pas sa condamnation sans appel des secteurs médiatiques publics. Surtout lorsque celle-ci s’accompagne d’un encensement du secteur privé qui peine franchement à démontrer son efficacité. Je trouve très ironique le fait que Nouailhac s’acharne sur le secteur subventionné pour défendre des médias comme TF1, et défendre une indépendance de la presse écrite qui, à son sens, n’est libre que si elle échappe aux lois liberticides de la presse française, et donc s’apparente à une incitation pour la publication de titres similaires aux The Sun, The Daily Mail ou Der Bild en France. Par ailleurs, après l’annonce par Closer du divorce Strauss-Kahn – Sinclair reprise par de nombreux médias dits dignes de respect (comme Le Monde), il n’y a qu’un pas pour que Jean Nouailhac déclare que Closer constitue le fleuron de la presse française. Et c’est bien ça le problème. Car une liberté de la presse comme celle rêvée par l’auteur semble encourager la prolifération de titres de presse “poubelles”, mettant en danger la survie des titres dits sérieux: si les gens se ruent sur les tabloïds (dont Nouailhac dit qu’ils sont louables car ils se vendent bien et donc montrent que les citoyens y trouvent des réponses à leurs attentes pour la même raison qu’ils boudent les titres de la presse standard), ils ne se tournent plus vers les titres de qualité (pour raison financière ou d’effort). C’est donc un nivellement vers le bas qui risque de se produire. Ce même raisonnement est valable pour la télé qui a déjà vu la multiplication de ses chaînes avec le passage à la télévision numérique. Or, le passage à la TNT n’a clairement pas relevé le niveau des programmes qui sont aujourd’hui pour les trois-quarts des émissions de télé-réalité. TF1 aurait-elle diffusé les échanges de Mohammed Merah si elle n’avait pas subi les pressions de l’audimat due à sa concurrence directe avec les chaînes d’info en continu comme BFM ou I-Télé? Et, pour autant, sommes-nous mieux informés sur les tueries et le passé trouble de Merah avec les services de renseignement français?

        Je regrette également que l’auteur ne consacre qu’un chapitre rachitique à la presse sur Internet lorsque l’on sait que le secteur connaît une véritable révolution grâce/à cause de cette avancée technologique. En effet, lorsque l’on rédige un ouvrage sur le sujet, la moindre des choses est quand même d’évoquer, si ce n’est de connaître, les tenants et les aboutissants de l’objet à l’étude, à plus forte raison lorsqu’il subit de profondes mutations technologiques mettant en cause son existence, et même si cela relève de champs d’application totalement nouveaux. Ainsi, les nouvelles offres d’abonnements aux médias en ligne qui explosent ainsi que l’effervescence de la blogosphère (sans parler de Twitter!!!) ne trouvent clairement pas la place qu’ils méritent dans cet ouvrage. 

       C’est donc un ouvrage à l’ambition salutaire : condamner la situation de la presse en France aujourd’hui en rappelant les grands préceptes du journalisme, mais aux arguments parfois faibles sur certains sujets. On ne peut accuser l’auteur d’impéritie mais on peut lui reprocher de vouloir adopter une posture trop radicale, sans compromis, qui, bien loin de renforcer sa démonstration, révèle un zèle un peu difficile à maîtriser. 

       Au final, je ne sais dire si je le recommande ou non. Un livre pour débattre sûrement.

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